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Affiche du spectacle La Rimb
Affiche du spectacle La Rimb

Représentation prochaine le dimanche 14 mai 2017 à 15h30 au PLATEAU 31 (Gentilly).


Le PLATEAU 31 est situé au 31 Rue Henri Kleynhoff, 94250 Gentilly (A 5 minutes à pied de la station "Gentilly" du RER B).


Tarif plein : 15€ / Tarif réduit * : 10€  (*Demandeurs d’emploi, étudiants, +65 ans, familles nombreuses, adhérents à "Rue du Conservatoire". Sur présentation d’un justificatif)


Informations et réservations au 01 45 46 92 02 ou à contact@plateau31.com.


A l'issue de la représentation, vers 17h, une rencontre avec l'équipe artistique sera organisée, sous l'égide de la "Rue du Conservatoire", qui a accordé son LABEL au spectacle.


 


Adaptation pour la scène du texte radiophonique de Xavier Grall


Mise en scène : Jean-Noël Dahan

Jeu : Martine Vandeville

Scénographie / Création lumières : Julien Peissel

Création sonore : Jean-Marc Istria

Régie générale : Vincent Tudoce

Production : Cie Eclats Rémanence, un spectacle LABEL « Rue du Conservatoire », LABEL sélection « Printemps des poètes », avec le soutien de la Mairie de Paris, de la Mairie de Charleville-Mézières, de la Mairie de Royan, du Théâtre Nanterre-Amandiers, des Célestins - Théâtre de Lyon, du Lucernaire à Paris, de L'Archipel de Fouesnant les Glénan, du Festival du Pont du Bonhomme, d’Arcadi Île-de-France / Plateaux Solidaires (Centre Culturel des Portes de l'EssonnePlateau 31Théâtre de l'Opprimé) et du Plateau 31.


Partenaires : Le Pariscope, Télérama, L'HumanitéLe Collectif wild shoresTerre de Brume - Maison d'Editionle Syndicat National des Metteurs en scène, Radio Campus Paris, Réseau Actes If, RCF radio, Ouest France, LeMonde-fr, Toutelaculture-com, le SNES, Froggy’s Delight, La Théâtrothèque, Le Blog de Marie Ordinis, Allégro Théâtre, L’association pour la presse étrangère


La Rimb de Xavier Grall est à l’origine une pièce radiophonique, un soliloque de Vitalie Rimbaud - la mère du poète Arthur Rimbaud, surnommée «la Rimb» par son fils. Propriétaire terrienne, veuve, seule dans sa ferme des Ardennes autour de l’an 1900, elle revient sur sa relation à Arthur, mort depuis quelques années. Elle clame que le «vrai» Rimbaud n’est pas le «poète maudit» idolâtré par les littérateurs parisiens, mais celui qui, revenu de ses errements poétiques et adolescents, s’est enrichi en Afrique et a retrouvé la religion. Taraudée par le doute, questionnant l’effet de sa rigidité sur le destin d’Arthur, elle veut cependant, jusque dans la tombe, protéger une mémoire selon elle plus «respectable» de son fils. Ce faisant, enterrant le poète, elle semble elle-même devenir rimbaldienne...

Revue de presse

Calendrier


Au Théâtre du Lucernaire et lors de la Biennale internationale de poésie "Les Ailleurs", le spectacle était précédé d'une conférence : "Jaurès-Rimbaud : le voyant politique et le voyant poétique" menée par Charles Silvestre, journaliste à L'Humanité.


Le 5 décembre 1895, Jean Jaurès s’enthousiasme dans La Dépêche pour un poète quasi-inconnu : Arthur Rimbaud. Charles Silvestre, auteur de Jaurès, la passion du journaliste (Le Temps des Cerises), croise les deux destins : celui du visionnaire socialiste, « mort en avant des armées », assassiné le 31 juillet 1914 pour avoir dénoncé la boucherie qui s’annonçait, et celui du poète qui affirmera : « La poésie ne rythmera plus l’action, elle sera en avant ».

L'auteur : Xavier Grall

Né en 1930 à Landivisiau, dans le Finistère, Xavier Grall est diplômé du Centre de Formation des Journalistes.

Après son service militaire, en pleine guerre d’Algérie - qui ternit à jamais l’image très haute qu’il s’était formée de la France - il rentre à Paris, devient rédacteur en chef de la Vie catholique, puis collabore aux Nouvelles littéraires, au journal Le Monde…

Animé par une foi profonde et un désir de rébellion, il consacre des livres à Bernanos, Mauriac et Rimbaud, mais aussi à James Dean et à La génération du Djebel. Poète avant tout, revendiquant son identité bretonne, il quitte Paris et se retire en 1973 à Botzulan, aux environs de Pont-Aven, avec sa femme et ses cinq filles, pour se consacrer à son œuvre, ardente, singulière et ancrée dans sa terre natale. Il meurt de maladie à Quimperlé en 1981, à l’âge de 51 ans.

Résumé de la pièce

La Rimb de Xavier Grall est à l’origine une pièce radiophonique, un soliloque de Vitalie Rimbaud - la mère du poète Arthur Rimbaud, surnommée «la Rimb» par son fils.

Propriétaire terrienne, veuve, seule dans sa ferme des Ardennes autour de l’an 1900, elle revient sur sa relation à Arthur, mort depuis quelques années.

Elle clame que le «vrai» Rimbaud n’est pas le «poète maudit» idolâtré par les littérateurs parisiens, mais celui qui, revenu de ses errements poétiques et adolescents, s’est enrichi en Afrique et a retrouvé la religion.

Taraudée par le doute, questionnant l’effet de sa rigidité sur le destin d’Arthur, elle veut cependant, jusque dans la tombe, protéger une mémoire selon elle plus «respectable» de son fils. Ce faisant, enterrant le poète, elle semble elle-même devenir rimbaldienne...

Note d'intention

La Rimb fait une sorte d’O.P.A. sur la mémoire de son fils - Offre Publique d’Amour... L’évocation des «deux Rimbaud» s’incarne dans cette pièce à travers l’ambivalence de la parole de la Rimb - aimante et tyrannique... En deçà du personnage rigide, rancunier, voué à son devoir et à la norme sociale, on discerne une femme aimante, passionnée, accessible au doute, que la vie a endurcie. C’est notamment cette dualité inhérente au personnage que nous souhaitons approfondir.

Rapidement quittée par son mari, Vitalie doit diriger seule sa famille et sa ferme à une époque de grand machisme - ce qui peut expliquer la dureté de son caractère. Le texte de Grall en dit ainsi beaucoup sur la condition des femmes, et trouve des échos dans leur difficulté actuelle à concilier vies personnelle, amoureuse, maternelle et professionnelle.

Refoulant ses illusions de jeunesse, elle a voulu s’identifier à une «figure» de propriétaire respectable et pratiquante, dont tous les espoirs ont reposé sur Arthur. On peut soupçonner que cette folie vengeresse ait pu inciter Rimbaud à la révolte poétique, mais aussi anticipé sa mort symbolique - l’arrêt de l’écriture - puis sa mort réelle - à travers la fuite dans le travail au détriment de sa santé. Défendant la mémoire du marchand et du chrétien, La Rimb doit ici affronter et dépasser la culpabilité d’avoir provoqué le destin tragique de son fils. Il fallait que le poète meure, et donc Arthur, pour que les valeurs de la famille soient préservées… et qu'elle puisse admettre son amour de la poésie...

Il n’est pas question pour nous de faire un spectacle «historique». Au-delà de l’existence réelle de Rimbaud et de sa mère, de toute la rigueur historique exigible, c’est la problématique de leur relation telle qu’elle est relatée par Grall qui attire notre attention.

Cette relation traverse des réalités toujours actuelles, inactuelles, archaïques : la relation mère/fils, la condition de la femme, la guerre, l’impact de l’inconscient maternel sur le destin du fils, en l’occurrence poète, la place du poète et de la poésie dans la société...

Le fait que Rimbaud soit un auteur très étudié au lycée au moins en France rend simplement ce soliloque plus savoureux, et progresse en écho de l’image que nous avons déjà de lui.

La parole de la Rimb n’est jamais strictement répétitive; elle agit plutôt suivant le principe de la «musique répétitive», par décalages progressifs et incessants. Des thèmes, des expressions sont repris, marquant le désir de Vitalie de s’imposer à elle-même un personnage qu’elle n’était pas à l’origine mais auquel elle veut s’identifier à tout prix, même au prix de la mort de son fils.

Sous l’apparente logorrhée, c’est un texte à la construction fuguée, contrapuntique qui progresse finement par séquences narratives. L’ensemble du texte nous paraît structuré autour de la confrontation de la mémoire à la culpabilité.

Culpabilité que la Rimb évite (par ses silences, ses emportements...), qui la taraude (par sa sciatique aux interventions «signifiantes» - elle somatise...), qu’elle exprime de plus en plus, contre laquelle elle argumente, plaisante, et qu’elle dépasse finalement dans cette dernière image, chiffrée, ambivalente - «stabat mater» grinçant - de son union avec Rimbaud alors qu’il meurt.

Il faut qu’elle enterre «le poète» honorablement et très chrétiennement - au prix de la mort de son fils - pour qu’elle puisse se réconcilier avec lui et avec «sa» mémoire. Et devenir rimbaldienne.

Note de scénographie

On découvre un espace tout d'abord dans la pénombre... Une voix se fait entendre. Une lumière très sombre vient petit à petit révéler les contours d'une présence assise sur un fauteuil rouge au fond du plateau, à jardin... De la fumée longe sa silhouette, éclairée par un lustre à pampilles situé en avant-scène cour.

Elle est de face. Puis lentement, au rythme de sa parole, on aperçoit une femme recroquevillée dans son fauteuil, vêtue d’un vieux manteau, un pantalon d’homme et un caraco, une bassine à ses pieds.

Tel une litanie, le texte est rythmé par une incessante sciatique traduite par de micros événements lumineux et sonores. On aperçoit bientôt de vieilles planches, un plancher de 4m sur 3, dessinant les limites de son espace - une ferme ? une chambre mortuaire ? un radeau ? un non-lieu.

Les planches fragiles s’enfoncent et grincent lorsqu’elle se risque à marcher. Puis ses pas deviennent mouillés, des flaques apparaissent, son espace prend l’eau, déborde. Au fur et à mesure, des percés lumineuses, rendues visibles par la fumée, se mettent à grignoter l'espace, des tremblements se font entendre, le lustre effectue de brusques descentes vers l'eau. Son territoire s’effrite à l’image de ses certitudes, des résistances de sa mémoire.

La forme soliloquée nous conduit à exclure l’adresse publique, à rechercher une parole au plus-que-présent, au rythme du souvenir, des émotions, se permettant éclats de voix, longs silences, mais aussi murmures, soutenus par un micro HF.

La Rimb est isolée entre quatre murs, symbolisés par les limites du bassin de tôle de 8 cm de haut dans lequel sont calées les planches.Elle s’obstine, cultive le ressassement, ce qui nous a conduit à créer une boucle dans le texte, en reprenant au début du spectacle les phrases par lesquelles elle le conclura.

Pourtant cet espace, qui est son espace mental, s’effrite, prend l’eau, la lumière, emporté par l’usure et le temps - il déborde comme sa parole qui la porte à sortir d’elle-même, à affronter sa propre culpabilité, à se laver de ses plaies sanglantes, et à se réconcilier «à sa façon» à la poésie et à son fils.